À quelques jours de la décision, Florent Gravel a bon espoir que les détaillants seront entendus

Dans la grande chaîne alimentaire et hyper-règlementée du lait, il n’est pas facile pour les détaillants de faire entendre leur voix face à l’immense lobby agroalimentaire des producteurs d’un côté et des transformateurs de l’autre.

Mais à force de bûcher, celui qui a longtemps porté la bataille du prix du lait sur ses épaules et le plus défendu les détaillants dans ce dossier a maintenant bon espoir que cette fois-ci sera la bonne.

« À chaque fois que la Régie a consenti une hausse du prix du lait dans le passé, les transformateurs se la sont accaparée. Nous ce qu’on demande, c’est d’attribuer une hausse spécifique qui soit réservée aux détaillants! », de lancer le flamboyant porte-parole des détaillants.

Bien qu’il ait pris une pause de six mois dans la gestion de l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADA), Florent Gravel, président-directeur général, n’est jamais loin du téléphone.

En entrevue avec DepQuébec, ce dernier s’est montré relativement optimiste de voir la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec (RMAAQ) tenir enfin compte des préoccupations et demandes des détaillants lors de la prochaine révision des prix du lait, soit d’ici quelques jours, et qui seront en vigueur à compter de février prochain pour toute l’année 2018.

La fin d’un gel de deux ans?

Rappelons ici les grandes lignes de la présente situation (source : Terre de Chez-Nous) :

  • La Régie est le tribunal administratif qui a la responsabilité de déterminer un prix minimum et maximum pour la vente au détail du lait régulier (ce qui n’inclut pas le lait à valeur ajoutée comme le Pur Filtre);
  • Fin décembre, la Régie rend habituellement sa décision pour application à partir du 1er février suivant;
  • Or, en 2017, la Régie avait maintenu le statu quo des prix au niveau de 2016 : cela fait donc deux ans de suite que les prix du lait sont au même niveau;
  • Cette pause était nécessaire, selon la Régie, pour revoir la formule d’indexation des coûts utilisée pour déterminer les augmentations;
  • Désireuse de connaître les coûts réels de la filière, la Régie a demandé aux industriels de refaire leurs devoirs en lui fournissant des études;
  • Depuis plusieurs années, le Régie fait varier le prix du lait de consommation en fonction de deux paramètres, soit d’abord la variation du prix du lait payé aux producteurs et ensuite une formule d’indexation pour mesurer la variation des autres coûts considérés globalement, soit ceux des laiteries, des distributeurs-grossistes et des détaillants;
  • Cette formule d’indexation est composée de l’indice des prix de l’industrie laitière (IPI : 40 %), du revenu disponible des ménages (RDM : 30 %) et de l’indice des prix à la consommation (IPC : 30 %).
  • De sorte que le CILQ demande un rattrapage des prix du lait pour 2018, soit une hausse de 3,48 % qui porterait le prix du 2L de 2% de 3,30 à 3,41 $ (source : Journal de Montréal).

Le consommateur pourrait ainsi payer environ jusqu’à 12,5 cents de plus les 2 L de lait 2 % en février prochain, si la demande des laiteries est acceptée.

Depuis 2016, le prix du lait est resté stable variant de 3,30 $ à 3,60 $ pour 2 L de 2 %. Si l’augmentation proposée de 3,48 % est acceptée, le prix minimum serait d’environ 3,41 $ et le maximum 3,73 $.

L’augmentation du prix minimum serait donc une bonne nouvelle en soi pour les détaillants, mais n’étant pas tombé de la dernière pluie, cela ne satisfait pas Florent Gravel. Car rien ne garantit que les détaillants pourront toucher leur juste portion d’augmentation!

Si la Régie acquiesce à la hausse demandée, les détaillants pourront profiter d’une première augmentation du prix en deux ans. Pour sa part, une famille qui consomme 4 litres de lait 2 % par semaine pourrait débourser jusqu’à près de 1 $ de plus par mois pour se procurer son lait.
Un système longtemps biaisé au détriment des détaillants

Ce que Florent Gravel a su mettre en lumière, au fil des ans, est comment l’appétit vorace des transformateurs est venu détourner le système au détriment des détaillants.

En effet, entre le prix au producteur et les prix minimum et maximum, la Régie estime le prix coûtant des transformateurs et détaillants. Ces derniers doivent donc en théorie obtenir, en amont du prix minimum, une marge bénéficiaire suffisante pour couvrir leurs coûts.

Or, ce sont les transformateurs qui, au final, décident du prix coûtant du lait et les chiffres dévastateurs déposés par l’ADA démontrent qu’ils ont amplement abusé de leurs prérogatives dans le passé, laissant très peu de place, sinon aucune, à la marge des détaillants.

Pour que le système de fixation des prix du lait fonctionne bien, il est impératif que les détaillants obtienne un prix coûtant inférieur au prix minimum de manière à leur laisser une marge bénéficiaire suffisante (ex : 5 %) pour couvrir leurs coûts de base (voir le point 2 sur l’image du haut). De cette manière, le prix minimum peut jouer son rôle de protection des petits dépanneurs contre l’agressivité des grandes chaînes qui pourraient décider de baisser les prix tandis que le prix maximum vient mettre à l’abri les consommateurs d’une trop grande surenchère des détaillants tout en permettant à ces derniers de maximiser leur marge.
Or, les chiffres révélateurs déposés par l’ADA à la Régie démontrent noir sur blanc que dans le passé, les transformateurs ont imposé un prix coûtant soit microscopiquement inférieur, soit équivalent ou soit même au-delà du prix minimum. Par exemple, en 2009, le 4L de lait 2% était vendu 5,88 $ aux détaillants pour un prix minimum de 5,58$! De sorte que s’il se voyait forcé de vendre au prix minimum, le petit dépanneur perdait de l’argent sur le produit. De plus, la voracité des transformateurs venait considérablement réduire la marge bénéficiaire des détaillants pour ce produit, même lorsque vendu au prix maximum.

On est quelque peu catastrophés de voir à la lecture des données de l’ADA comment, durant plusieurs années, les transformateurs se sont en effet presque tout accaparé les hausses du prix du lait, les détaillants se retrouvant à payer même plus cher leur lait que le prix minimum fixé par la Régie!

Par exemple :

  • en 2003, le 1L de 2% était 1,16 $ au coûtant, mais seulement 0,99 $ au prix minimum;
  • en 2005, le 4L de 1% était 4,45 $ au coûtant, mais seulement 3,68 $ au prix minimum;
  • en février 2010, le 4L de 1% était 5,94 $ au coûtant, mais seulement 5,65 $ au prix minimum.

De voir ainsi les producteurs et transformateurs grassement assurés de faire leur frais pendant que les détaillants doivent s’arranger avec les miettes est un tantinet révoltant, c’est le moins qu’on puisse dire!

Fini le prix coûtant en haut du prix minimum

Parce qu’il n’y pas scénario plus idéal pour contraindre les marges des détaillants à une peau de chagrin, c’est à Florent Gravel qu’on doit d’avoir mis fin à cette pratique.

En effet, à compter de 2010, sous la pression de ce dernier, la Régie a accepté d’interdire aux transformateurs de vendre leur lait plus cher aux détaillants que le prix minimum.

Depuis cette date, et mis à part des exceptions notées par l’ADA où cette politique n’aurait pas été respectée, les marges des détaillants se sont nettement améliorées par rapport aux années antérieures.

Depuis que sous l’impulsion de Florent Gravel, la Régie a mis les transformateurs au pas et interdit des prix coûtant supérieurs au prix minimum, les marges des détaillants au prix minimum se sont magiquement améliorées. En 2015, par exemple, elles se situaient entre 3,51% et 6,25% pour tous les formats de 1L et 2L. Seul le format 4L de lait 2% et 3,25% demeure équivalent au prix coûtant.

Bien que la situation semble s’être replacée, le passé est garant de l’avenir, ce pourquoi l’ADA a demandé que la Régie instaure, en amont du prix minimum, une marge réellement dédiée aux détaillants de sorte que les transformateurs ne pourront plus empiéter sur la juste marge bénéficiaire des détaillants comme ils l’ont si souvent fait dans le passé (et comme ils le font depuis deux ans avec les formats de 4L qui n’offrent aucune marge).

La fourchette entre minimum et maximum : autre enjeu important

Dernier point qui agace au plus haut point Florent Gravel — qui n’en laisse décidément pas passer — est la fourchette de prix entre le seuil minimum et maximum.

Depuis 2006, en fait, cette fourchettte a été fixée de manière arbitraire à 0,15 $ pour le 1L, 0,30 $ pour le 2L et 0,60 $ pour le 4 L. Celle-ci a ensuite été reconduite d’année en année depuis tout ce temps!

« Cela fait 12 ans que la différence entre les prix minimum et maximum est de 15 sous pour le 1L. Cela veut dire que la marge de bénéfice des détaillants s’est constamment rétrécie durant tout ce temps. Il faut que tout comme le prix du lait, cette marge soit indexée aussi pour tenir compte de l’inflation » – Florent Gravel

Selon le site Inflation Calculator, cela voudrait dire d’augmenter de 16 % la fourchette de prix, ce qui donnerait les résultats suivants :

  • 0,174 $ au lieu de 0,15 $ pour le 1L;
  • 0,348 $ au lieu de 0,30 $ pour le 2L;
  • 0,696 $ au lieu de 0,60 $ pour le 4L.

Il s’agirait à n’en pas douter de gains tangibles et considérables pour les détaillants, en particulier si cette indexation devenait pratique courante et automatique pour la Régie.

La parole est à la Régie…

De sorte qu’au final, la situation se présente ainsi :

  • si la Régie augmente le prix minimum, c’est un pas dans la bonne direction pour les détaillants qui devraient en théorie en profiter, comme ce fut le cas ces dernières années alors que les transformateurs se sont calmés en abaissant le prix coûtant en-deça du prix minimum… mais rien ne garantit qu’ils continueront d’agir ainsi car ils pourraient aussi bien se contenter d’égaler le prix minimum;
  • si la Régie dédie une marge aux détaillants en amont du prix minimum, c’est une grande victoire qui ne signifiera pas nécessairement une plus grande marge, mais certainement la garantie d’une marge et aussi, d’une marge sur les volumes de 4L qui sont présentement inexistantes;
  • si la Régie indexe la fourchette entre prix minimum et prix maximum, les détaillants seront assurés de pouvoir faire un gain car ils pourront augmenter le prix par rapport au prix minimum et ainsi augmenter leur marge potentielle.

Dans tous les cas de figure, et peu importe la décision attendue, les détaillants peuvent dire merci à Florent Gravel.

Et si ce n’est pas cette année que les bonnes nouvelles tomberont, vous pouvez pariez sur sa persévérance et sur le fait qu’il continuera de bûcher pour que ça arrive un jour!

DepQuébec

Cet article est rédigé par DepQuébec, le premier portail web au Québec de l'industrie des dépanneurs. / This article is written by DepQuebec, the first web portal devoted to the Quebec depanneur industry.

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