« Ça fait 10 ans que je fume sans arrêt sans jamais avoir acheté une fois au dépanneur »

Appelons-le Robert, 58 ans. Un gros fumeur : une cartouche et demie par semaine depuis toujours. Il a commencé à fumer très jeune, depuis l’adolescence.

Une cartouche et demie, cela signifie 12 paquets par semaine ou encore 624 par année, soit 6 650 $ au prix légal moyen de 88,67 $ la cartouche au Québec.

Or, Robert n’a payé que… 825 $ pour sa consommation annuelle l’an dernier, une économie substantielle de 88 %, soit 5 825 $!

La raison : il ne fume que du tabac de contrebande depuis 10 ans. Et il n’a jamais eu d’ennui ou de problème à s’en procurer.

Sous réserve de ne pas révéler son identité, Robert a accepté de se confier à DepQuébec sur son penchant pour la contrebande de tabac et de nous donner ainsi un aperçu de ce marché de l’ombre encore bien vivant.

« Jamais je vais payer 10 $ pour un paquet! »

Robert avoue d’emblée que le prix est la raison principale pour laquelle il opte pour la contrebande de tabac et non le produit légal.

« Bien que je fume comme une cheminée, cela fait 10 ans que je n’ai pas acheté une seule cigarette au dépanneur. Jamais je ne vais payer 10 $ pour un paquet. Depuis que la cartouche a atteint 45 $ au milieu des années 2000, je me suis tourné vers les cigarettes indiennes et j’y suis resté depuis », dit celui qui jouit maintenant d’une retraite paisible après avoir passé des décennies à travailler au sein d’une grande société.

Côté qualité, Robert avoue que ce produit n’est pas aussi bon que le tabac vendu en dépanneur, mais il s’est habitué.

Même que, dit-il, lorsqu’il lui arrive de fumer une cigarette légale, il ne la savoure pas plus que les autres.

Approvisionnement : plus de risques qu’avant

Dans les années 2000, des recherches menées par l’Association québécoise des dépanneurs en alimentation (AQDA) ont révélé que les fumeurs québécois en général n’éprouvaient aucune crainte d’acheter du tabac sur la réserve ou encore, auprès de fournisseurs illégaux. Aujourd’hui, les choses ont changé. Même s’il vit à seulement 15 minutes de la réserve de Kahnawake, Robert n’y mets plus les pieds pour faire ses achats.

« Depuis quatre ou cinq ans, les lois sont beaucoup plus sévères, alors je laisse ça à d’autres. J’ai un ami qui, une fois, s’est fait prendre avec du tabac de contrebande dans son véhicule, en sortant de la réserve. Il a dû payer plusieurs milliers de dollars d’amendes. Il y a des camions blancs de Revenu Québec avec des gyrophares qui se promènent autour de la réserve et font des interventions auprès des clients. Depuis que j’ai vu ça, je n’y vais plus. Je n’ai pas envie de me faire saisir mon véhicule », avoue-t-il.

Pour contourner cet obstacle, Robert s’approvisionne auprès d’un revendeur situé tout près de chez lui. Ce dernier en fait le commerce depuis des années mais seulement au sein d’un petit cercle d’amis de confiance et ce, dans le seul but de payer sa propre consommation. C’est pour cette raison qu’ils demeurent, lui et son revendeur, à l’abri des arrestations, saisies et poursuites.

La pression des autorités a augmenté la crainte des fumeurs à s’approvisionner dans les réserves. La proportion d’acheteurs en réserve est sans doute de plus en plus constituée de revendeurs, et non de consommateurs directs du produit.

Prix et qualité : stable depuis des années

Lorsque Robert achète du tabac, il prend d’habitude quatre cartouches au prix de 13 $ chaque, dont deux qu’il revend à un ami à 15 $, ce qui lui revient finalement à 11 $ la cartouche pour sa consommation personnelle, soit huit fois moins qu’au dépanneur (88,67 $).

S’il achetait 10 cartouches, ça ne lui coûterait que 100 $, soit 10 $ pièce, soit quasiment le prix d’une seule cartouche légale… incroyable n’est-ce pas?

Il s’agit de prix très bas même pour la contrebande de tabac : dans les années 2000, on payait 15 $ la cartouche en moyenne sur la réserve et jusqu’à 20-25 $ auprès de revendeurs. C’est donc dire que l’offre est substantielle et que malgré la pression des autorités, il ne manque pas de produit dans les réserves.

La plupart du temps, Robert place les cartouches en trop au congélateur pour les garder fraîches. Côté qualité, il indique que le produit est stable.

« Moi je prend toujours les cigarettes en ziploc à bout brun avec du tabac blonc. La qualité varie : certaines livraisons sont meilleures que d’autres. En général, elle ne sont jamais sèches : au contraire, elles sont parfois trop humides ou compactées. On voit qu’elles ont été ensachées ou compactées trop vite. J’ai rarement vu de branches ou autres : c’est que de la feuille coupée en général », souligne-t-il.

Robert parvient donc à satisfaire son tabagisme sans grand risque et à bas prix, ayant pu économiser près de 60 000 $ en 10 ans. Mais ce n’est pas tout le monde, dit-il, qui fait comme lui.

« J’ai plusieurs amis fumeurs qui ne veulent rien savoir des cigarettes indiennes à cause du goût. Ils préfèrent payer le gros prix pour aller au dépanneur ou encore, fumer moins. Mais reste que du tabac, c’est du tabac. Au prix que je paie, ça vaut la peine d’opter pour la contrebande. Je ne vais pas m’arrêter et je vais continuer d’en profiter ».

 

La cartouche de 200 cigarettes de contrebande vendue dans un sac Ziploc se détaille 13 $ chez un revendeur et seulement 10 $ si on en achète 10 à la fois, soit 100 $ pour 10 cartouches… quasiment le prix d’une seule cartouche légale!

À seulement 1,65 $ le paquet plutôt que 11 $, on comprend que l’attrait de la contrebande demeure irrésistible pour plusieurs.  En réponse aux amendes sévères du gouvernement, l’industrie de la contrebande s’adapte. Consommateurs et revendeurs savent maintenant se faire plus discrets de manière à pouvoir faire des affaires en toute tranquillité.

Les bas prix et l’accès facile au produit confirment la résilience du marché noir. Quant aux dépanneurs qui sont soumis quotidiennement au lourd fardeau de la réglementation tatillonne, qui sont durement contrôlés et inspectés et remettent une fortune en taxes au gouvernement, ils continuent de voir leur volume s’éroder au profit des contrebandiers.

Quel que soit le gouvernement, cela ne changera jamais au Québec.

DepQuébec

Cet article est rédigé par DepQuébec, le premier portail web au Québec de l'industrie des dépanneurs. / This article is written by DepQuebec, the first web portal devoted to the Quebec depanneur industry.

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