EXCLUSIF: L’homme fort des inspections au MSSS est muté suite à des allégations de harcèlement

Exactement quatre mois jour pour jour après la publication de graves allégations d’harcèlement le visant directement dans le cadre d’un reportage mené par le Bureau d’enquête du Journal de Montréal (voir article ici), le directeur de l’inspection et des enquêtes au Ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), Jean-François Therrien, n’est officiellement plus en charge des inspections « pièges » de dépanneurs, ayant été muté à d’autres fonctions au sein du ministère.

C’est en effet ce qu’a appris en exclusivité DepQuébec après l’examen du plus récent organigramme du MSSS (voir ici) mise à jour le 14 juin dernier et dans lequel, pour la première fois depuis des années, le nom de M. Therrien n’apparaît plus nulle part.

En lieu et place de son nom au chapitre de directeur des inspections se trouve celui de M. Martin Simard, directeur général adjoint de la coordination et de la sécurité civile, soit son patron direct, ainsi que la mention qu’il agit à titre d’interim pour ce poste.

Vérifications faites auprès du MSSS, ce dernier a confirmé à DepQuébec que M. Therrien n’est effectivement plus en charge des inspections de dépanneurs et du contingent d’inspecteurs en général.

« M. Jean-François Therrien n’occupe effectivement plus ses fonctions de directeur de l’inspection et des enquêtes, et ce depuis le 12 juin. Il demeure un employé du MSSS. Les détails quant aux raisons de ce changement sont liées au dossier de l’employé, qui est confidentiel vu la protection des renseignements personnels. Depuis ce changement, on n’observe pas de ralentissement des activités de l’équipe des inspections, tout est mis en place pour assurer la transition sans affecter le bon déroulement de la mission de l’équipe. » – MSSS

En l’espace de quelques mois, le nom de Jean-François Therrien a complètement disparu de l’organigramme du MSSS alors que ce dernier est un gestionnaire à l’emploi du ministère depuis sept ans.
Des allégations très sérieuses de dysfonctionnement

L’enquête du Journal de Montréal du 12 février dernier signée du journaliste Éric Yvan Lemay a soulevé de nombreuses et graves allégations visant directement Jean-François Therrien pour ce qui est de la gestion du contingent d’inspecteurs du MSSS chargés de faire appliquer la loi sur le tabac non seulement auprès des consommateurs, mais bien aussi auprès des détaillants via les fameuses inspections « pièges ».

Ainsi, selon le quotidien:

  • Chaque inspecteur reçoit des objectifs annuels de 200 vérifications de vente de tabac (vente aux mineurs) et 400 visites d’inspection pour prendre des fumeurs en infraction. Si un agent n’a pas donné suffisamment de billets d’infraction, on lui met de la pression et il arrive même qu’un chef d’équipe le suive sur la route.
  • Lors d’une réunion en mai 2016, Jean-François Therrien aurait tenu des paroles jugées « vexatoires » envers des employés. Deux d’entre eux auraient même pleuré.
  • Dix-huit plaintes de harcèlement psychologique ont été déposées à la suite de cette réunion.
  • Des employés ont été soupçonnés de voler du temps. Un climat de suspicion s’est installé et on demande aux employés de rendre compte davantage de leurs allées et venues.
  • Tous les enquêteurs ont été rétrogradés au poste d’inspecteur avec une baisse de leurs avantages. Les enquêtes sur la contrebande de tabac relèvent désormais de la Sûreté du Québec et de Revenu Québec.

Ces révélations ont ébranlé la confiance de l’industrie des détaillants envers les méthodes employées par le MSSS.

Réagissant publiquement, le directeur général de l’Association des marchands dépanneurs et épiciers du Québec (AMDEQ), Yves Servais, estimait possible que, dans certains cas, les inspecteurs aient «forcé la réalité dans le seul but d’atteindre leurs quotas».

«Nos détaillants n’ont pas à subir les pressions abusives des directives de la police du tabac qui réclament à ses enquêteurs d’atteindre à tout prix des objectifs irréalistes» – Yves Servais, AMDEQ

Aveu de culpabilité de la part du MSSS?

Dans un article récent publié en mars dernier (voir ici), DepQuébec revenait sur ces allégations en marge de nouvelles données d’inspection de dépanneurs montrant une conformité historique record de 92,2%, un chiffre jamais atteint dans le passé.

En réplique à une demande d’entrevue de M. Therrien, le MSSS avait réitéré une défense vigoureuse de ses agissements dans ce dossier, niant les allégations en bloc et défendant becs et ongles la direction des enquêtes.

« Il est malheureux que des telles allégations soient utilisées pour discréditer le travail de la direction des inspections. La direction des inspections du MSSS a l’importante tâche de s’assurer du respect des dispositions dont l’appareil gouvernemental s’est doté pour s’assurer de la sécurité et de la santé des citoyens, et s’acquitte de cette tâche dans le respect des employés et des règles en place. » – MSSS (voir article ici)

Devant une telle énergie à défendre sa réputation, DepQuébec concluait ceci :

« Il est clair quant à nous que s’il y avait la moindre once de vérité dans les allégations faites, compte tenu de la couverture monstre que cette histoire a générée, M. Therrien en aurait pris pour son rhume et n’occuperait sans doute déjà plus les mêmes fonctions, surtout dans la foulée du mouvement #MoiAussi et surtout qu’il s’agit ici du MSSS, dont les standards sont à la hauteur de sa réputation qui se doit d’être absolument irréprochable. Peut-être qu’en réalité, M. Therrien n’a déjà plus les mêmes fonctions mais pour le moment, rien ne nous indique que c’est le cas ». – DepQuébec (voir article ici)

Il semble toutefois que ce ne fut qu’une question de temps.

Rappelons que M. Therrien, un ancien député adéquiste qui a siégé de 2007 à 2008, est à l’emploi du MSSS depuis sept ans. Sous sa gouverne, le nombre d’inspection de dépanneurs pour la vente aux mineurs est passé de 1500 à près de 5000 par année environ, mis à part un bref intermède en 2016 suite à l’adoption de la loi sur le tabac.

Rien n’indique à l’heure actuelle que le volume annuel d’inspections de dépanneur par le MSSS est appelé à diminuer au cours des prochaines années.

DepQuébec

Cet article est rédigé par DepQuébec, le premier portail web au Québec de l'industrie des dépanneurs. / This article is written by DepQuebec, the first web portal devoted to the Quebec depanneur industry.

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Une pensée sur “EXCLUSIF: L’homme fort des inspections au MSSS est muté suite à des allégations de harcèlement

  • 24 mai 2019 à 05:47
    Permalink

    C’est sûr à 1000% que les inspecteurs du Québec ont des quotas à remplir et qu’ils font de l’excès de zèle, de l’abus et de l’harcèlement auprès des commerçants honnêtes afin d’avoir de plus gros bonus de paye ou satisfaire leur patron. J’vais toujours me souvenir la fois où j’ai eu une visite qui étrangement c’était super bien passé et que c’était la toute première fois qu’une inspectrice était gentille et n’avait RIEN trouvé de pas correct… puis comme par « hasard » une autre arrive out of nowhere même pas 4 jours plus tard, bête comme le câlisse et là tout d’un coup plus rien n’était correct alors que rien du tout n’avait évidemment changé en si peu de temps, et là elle était en train de me trouver plein de bébite tiré par les cheveux comme de regarder si j’avais des logo de marques sur mes tapis de souris, si j’offrais du café à mes clients ou pas et j’en passe!

    Un inspecteur du Fédéral, qui eux sont 100x plus sympathique, m’a déjà avoué qu’effectivement au provincial c’était le farwest et qu’ici ils avaient des quotas à remplir contrairement au fédéral que eux leur but était de renseigner et conformer les commerçants sans leur enfoncer un pieux dans le crâne.

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