EXCLUSIF : Loto-Québec offre des gains jusqu’à 30% plus élevés en ligne qu’au dépanneur

Bien que les dépanneurs et autres détaillants demeurent, dans l’ensemble, largement responsables de la quasi-totalité des ventes de produits de loteries au Québec et du succès de ses résultats financiers, Loto-Québec hésite de moins en moins ouvertement à leur tirer le tapis sous le pied et à jouer du coude afin que le consommateur achète directement en ligne plutôt que chez un détaillant, lui permettant par le fait même de toucher un profit supérieur sur une transaction libre de tout intermédiaire et qui plus est, à moindre coût.

DepQuébec a ainsi appris que pour ce qui est du produit Mise-O-Jeu, un produit de pari sportif assez complexe mais de plus en plus en vogue, la société d’État a introduit un système discriminatoire de gains possibles dans le but de promouvoir l’achat en ligne et surtout, de décourager l’achat en magasin.

Ce système très simple propose aux consommateurs un gain supérieur si l’achat est fait en ligne directement à Loto-Québec plutôt qu’en magasin.  Selon le type de pari et le montant en jeu, le gain en ligne peut être jusqu’à 30% supérieur et même plus, que les gains obtenus pour un même achat fait en dépanneur.

Et pour être bien sûr et certain que le consommateur a compris le message, la société d’État va même jusqu’à afficher un petit tableau comparatif en ligne qui montre la différence entre le gain potentiel si acheté en ligne et le gain potentiel si acheté en dépanneur, de sorte que même un enfant de cinq ans peut comprendre l’intérêt à délaisser le dépanneur pour l’achat en ligne.

Sur l’interface mobile du produit Mise-O-Jeu, Loto-Québec présente clairement aux consommateurs l’avantage pécunier de délaisser le dépanneur pour l’option en ligne envers laquelle les détaillants ne reçoivent aucune commission. Ne manque plus que la mention suivante : « Il faudrait être fou pour acheter sa mise chez un dépanneur! »

Mis au courant de cette pratique, les quelques détaillants contactés par DepQuébec ont pour la plupart exprimé de la surprise et une certaine déception envers la société d’État.

« Pour moi, c’est un dangereux précédent. Si Loto-Québec commence à faire ça avec Mise-O-Jeu, ce sera quoi la prochaine étape? La 6/49? » – Un détaillant qui a requis l’anonymat.

Loto-Québec dit que c’est pour le bien des consommateurs

Vérification faite auprès du monopole d’État, celui-ci prétend en gros que l’offre de Mise-O-Jeu en ligne est beaucoup plus conviviale en raison de la complexité du produit et que par conséquent, il importe de promouvoir cette alternative pour garder le client.

« Ce choix a été fait dans le but, entre autres, de rester compétitif sur le marché des paris sportifs. Il y a des avantages à jouer en ligne, tel que les cotes plus élevées et d’autres à jouer chez un détaillant, tel que la rapidité d’encaissement de gains. » – Loto-Québec

Ce changement a par ailleurs bel et bien été annoncé dans un communiqué de presse émis en décembre 2015 :

« Les parieurs peuvent désormais se prévaloir de cotes plus intéressantes grâce à Mise-o-jeu+, une nouveauté disponible uniquement en ligne. Avec Mise‑o‑jeu+, les taux de retour des principales questions de paris sur événement passent de 84 % à 90 %, et même à 92 % dans certains cas. De quoi plaire aux amateurs de sports et de paris! » – Communiqué Loto-Québec, 7 décembre 2015

Aussi, dans le même communiqué, Loto-Québec fait part d’améliorations pour ce qui est de la vente au détail :

« Lorsqu’une cote modifiée entraînera un nouveau gain potentiel pour un consommateur, il ne sera plus nécessaire de remplir une autre fiche. Ainsi, les joueurs peuvent continuer de jouer chez leur détaillant de loterie pour profiter des avantages que cela implique, notamment la rapidité d’encaissement des gains, ou d’opter pour l’achat en ligne. » – Communiqué Loto-Québec, 7 décembre 2015

L’annonce initiale de la vente de loteries en ligne par Loto-Québec avait provoqué, en 2011, un tollé au sein de l’industrie.
Compétiteur ou partenaire?

Il reste qu’en matière de ventes de loterie en ligne, le statut de Loto-Québec envers ses 7500 détaillants passe clairement de partenaire à compétiteur et malgré qu’elle tente de minimiser la chose, voire dorer la pilule, ses décisions et agissements commerciaux des dernières années tracent un portrait très clair de ses intentions qui vont à l’encontre des intérêts des détaillants.

Ainsi, l’annonce de sa décision de vendre des loteries en ligne en 2011, faite sans consultation, a-t-elle provoqué un tollé au sein de l’industrie.

Par la suite, sa décision largement médiatisée d’octroyer une commission aux détaillants sur chaque vente en ligne en 2012 a été suivie, trois ans plus tard, par une radiation complète des dites commissions dans le plus grand secret, une décision que DepQuébec a mis à jour publiquement pour la première fois (voir article ici).

Face à des revenus de ventes déclinants, la société d’État a de plus compressé ses dépenses en transférant une partie du fardeau de la gestion sur le dos des détaillants, qui doivent désormais faire beaucoup plus qu’avant et ne peuvent plus compter sur un réseau de représentants dynamiques, celui-ci ayant été démantelé pour la plupart, ne laissant que de chimériques « entrepreneurs en commercialisation ».

L’instauration d’un système de gains discriminatoires à l’encontre de la vente en dépanneur n’est qu’une étape de plus vers une marginalisation de plus en plus grande des détaillants au profit d’une vision où les ventes en ligne occuperont la part de lion des revenus de la société d’État.

Le calcul du monopole d’État est simple : même si les ventes diminuent progressivement, elle espère maintenir ses dividendes au gouvernement en augmentant la proportion de transactions faites en ligne qui sont plus payantes. De ce fait, elle misera de moins en moins sur son réseau de détaillants qui devra, pour sa part, se tourner vers d’autres sources de revenus pour survivre à long terme.

DepQuébec

Cet article est rédigé par DepQuébec, le premier portail web au Québec de l'industrie des dépanneurs. / This article is written by DepQuebec, the first web portal devoted to the Quebec depanneur industry.

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