Quoi? Des rabais de 7 500$ pour l’achat de gobeuses? C’est pas juste!… et moi?

Le débat sur la réforme de la consigne au Québec tourne en rond depuis des années sans jamais aboutir.

Et puis soudain, une petite carte est abattue lundi dernier et franchement, l’énigme de la vision gouvernementale dans ce dossier semble s’épaissir plus qu’elle ne se dissipe.

Le gouvernement libéral a ainsi annoncé l’octroi d’un montant de 15 millions $ pour « moderniser le parc de gobeuses au Québec », via des subventions aux détaillants pouvant aller jusqu’à 7 500 $ pour l’achat de gobeuses de nouvelles générations.

Or, s’il paraît souhaitable en principe d’offrir de l’aide aux détaillants pour faciliter la gestion de la consigne, qu’en est-il toutefois des propriétaires qui, il y a quelques mois ou quelques années à peine, ont naïvement payé le plein prix pour ces mêmes types d’équipement, ne sachant pas que de telles subventions aussi généreuses étaient pour s’en venir?

C’est le cas de Praful Manek, propriétaire de Provisions Ste-Odile, à Québec, qui se sent complètement floué aujourd’hui d’avoir investi autant d’argent il y a quelques années alors qu’il aurait pu en profiter lui aussi.

Encore et toujours des effets pervers

On a beau dire, quand le gouvernement s’en mêle, il a toujours le don de faire des gagnants et des perdants.

« J’ai payé 18 000 $ ma Tomra T53 en 2014 et je l’ai remboursée à force de récupérer des contenants à deux sous chaque. C’est sûr que je l’aurais bien pris, moi, le 7 500 $! », lance Praful Manek, d’un air dépité.

Le modèle T53 combiné de Tomra acheté par Praful Manek (dont on voit ici un exemple dans un supermarché Maxi) peut récupérer à la fois des canettes en aluminium ainsi que des bouteilles de divers formats en plastique. Une utilisation moyenne requiert facilement 25 sacs de plastique par semaine au coût de 75 cents le sac, soit environ 1000 $ par année juste en sacs de remplissage.

Propriétaire d’un dépanneur fort achalandé près du Centre Vidéotron à Québec, Praful Manek est une figure connue du milieu des dépanneurs. Il est l’un des rares propriétaires indépendants à avoir siégé au Conseil d’administration national de la puissante Fédération canadienne des entreprises indépendantes et ce, durant plusieurs années.

Lorsque DepQuébec l’a mis au courant des détails du programme de subvention des gobeuses annoncé lundi dernier, son sang n’a fait qu’un tour.

« Ça m’écoeure de voir ça! Moi j’ai investi dans mon commerce pour l’environnement, j’ai ramassé depuis quatre ans près de deux millions de contenants avec la machine et là, la manne tombe sur tout le monde sauf moi. » – Praful Manek

Que des grandes surfaces aient investi massivement dans des gobeuses, c’est une chose. Leurs volumes de ventes sont tels en général qu’il ne s’agit pas d’une dépense si énorme. Mais pour les petits détaillants indépendants comme Praful, 18 000 $ est un gros investissement ainsi qu’un pari financier significatif. Sans compter tous les frais associés à l’exploitation de la machine ainsi qu’une part beaucoup plus grande de leur espace de vente à y consacrer, d’autre part.

C’est lui effectivement qu’on devrait aider en premier.

« Si le gouvernement est pour donner des subventions, il faut que ce soit équitable pour tous. Les dépanneurs indépendants qui ont dépensé une fortune pour cette machine depuis au moins cinq ans devraient être dédommagés au même titre que ceux qui vont l’acquérir pour la première fois. » – Praful Manek

Il y en aurait des dizaines à travers le Québec. Car ce serait seulement depuis quelques mois, chuchote-t-on, que les rumeurs sur les subventions à venir se sont concrétisées de sorte que les ventes se sont mises en mode attente, le temps que le programme soit annoncé.

Les ministres Isabelle Melançon et Stéphane Billette ont dit lundi dernier vouloir « moderniser » les équipements utilisés en posant devant une nouvelle génération de machine Tomra branchée sur Internet et bourrée d’électronique qui ne peut toutefois, selon le manufacturier, « n’être utilisée qu’à l’intérieur », contrairement à la bonne vieille T-53 qui résiste si bien au froid et aux intempéries qu’elle est « idéale pour les installations extérieures abritées et les stationnements ».
Plus modernes et plus fragiles aussi

Très peu de détails ont filtré sur le programme de subventions mais on comprend en somme que le gouvernement souhaite inciter les détaillants à s’équiper de gobeuses de nouvelles générations, comme l’indique le communiqué de presse :

« Les équipements acquis dans le cadre du programme devront être branchés en ligne, ce qui facilitera les mises à jour, la résolution de problèmes, les paiements et le suivi d’inventaire. Des ratios de compaction au moins 30 % supérieurs à ceux des anciens équipements seront aussi exigés, et les équipements pourront offrir le paiement électronique ou le don à des organismes de charité. » – Communiqué de presse de l’annonce du programme

Durant le lancement, les ministres Melançon et Billette ont paradé devant une machine Tomra de modèle T-9 qui, effectivement, offre tous ces avantages. Toutefois, cette sophistication accrue vient avec un prix : une moins grande résistance au froid et aux intempéries.

En effet, toutes les innovations électroniques sophistiquées offertes font en sorte que, contrairement à la bonne vieille T-53 qu’on peut installer dehors à l’abri, dans un stationnement ou dans un vestibule de magasin soumis au froid, la T-9 n’est pas conçue pour être installée à l’extérieur du magasin, mais bien seulement à l’intérieur (cliquez ICI pour voir la fiche technique de la T-53 et ICI pour la fiche technique de la T-9).

Est-ce que la T-9 pourra être installée dans les vestibules de supermarchés avec les portes automatiques ouvertes constamment et le vent et la neige qui s’y mêlent en hiver? Pas sûr. Aux dires même du manufacturier, la T-53 semble un choix plus logique dans de telles conditions que la T-9. Mais le gouvernement, pour sa part, aveuglé par les « bébelles » associées à la nouvelle machine, comme le fait de pouvoir payer avec son cellulaire ou encore, faire des dons en ligne aux groupes de charité, est peut-être sans le savoir en train de forcer les détaillants à déménager ces appareils à l’intérieur de la surface vendante des magasins, ce qui représenterait un coût caché additionnel énorme et aussi, une fin de non recevoir pour la plupart des dépanneurs en raison de leur petite surface disponible.

Donc, on se retrouve avec quoi, en fin de compte, au terme de cette annonce?

  • Un incitatif gouvernemental à acheter des machines plus fragiles et moins nécessairement adaptées à notre climat;
  • Une pression accrue pour consacrer une plus grande part de la surface vendante de plancher à la consigne;
  • Une décision qui laisse amer et en plan les petits dépanneurs ayant déjà investi de leur poche;
  • Et toujours aucune vision d’ensemble pour améliorer la gestion de la consigne et la récupération dans les bacs bleus et encore une annonce à la pièce.

Espérons que la prochaine campagne électorale nous permettra de voir enfin plus clair ce qu’est véritablement la vision d’ensemble proposée sur cet enjeu majeur et important.

DepQuébec

Cet article est rédigé par DepQuébec, le premier portail web au Québec de l'industrie des dépanneurs. / This article is written by DepQuebec, the first web portal devoted to the Quebec depanneur industry.

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